Notre Dame du Mont Carmel,
une mère sans frontières.

 

priere au pied du lit d une malade

Afin de prolonger le temps fort spirituel et la présence à Laghet de très nombreux fidèles venus vénérer les reliques de SteThérèse de Lisieux (1), voici un ex-voto offert il y a plus d’un siècle par Speranza CHERCHI et sa famille. Originaires de Sassari, en Sardaigne, ils auraient émigré à Nice après la naissance de leurs deux premières filles vers 1900 et habité longtemps quartier Notre-Dame à Nice. Il est probable que la scène du tableau votif, datable de fin 1908 début 1909, se déroule dans la chambre parentale de leur appartement du 44, rue Lamartine. D’après les Archives de l’Etat-Civil Giovanni-Maria CHERCHI, exerçait le métier de cordonnier, Speranza, son épouse celui de ménagère. 

Cette famille chrétienne fut éprouvée dans sa chair comme le laisse deviner cet ex-voto de type « chambre de malade ». Le tableau, fort intéressant du point de vue ethnographique, montre avec précision le style du mobilier et les tenues vestimentaires de l’époque. A première vue il s’agit d’une offrande dans un contexte de maladie, mais l’inscription au bas du tableau n’explicite pas la démarche. Pour une meilleure lecture nous avons commencé nos recherches à partir de deux éléments figuratifs.Tout d’abord la mise en évidence manifeste des enfants dans la composition et les dates qui suivent le sigle pour grâces reçues, « G.R. 28 APRILE 1902 , 16 LUGLIO 1908 ». Après quelques tâtonnements les archives numérisées ont révélé que les deux dates correspondaient, jour pour jour, à la naissance d’enfants «S.V.», pour le couple CHERCHI, sigle qui, malheureusement, signifie «Sans vie»(2). Compte tenu du taux très élevé des femmes qui mouraient en couches, à l’époque, on suppose que cet ex-voto fut déposé après la perte du deuxième nouveau-né et la vie sauve de l’accouchée, déjà mère de trois fillettes. Les voici, dans l’ordre, Marie, Joséphine et Carmelle, sagement alignées au pied du lit de leur maman, dans une attitude de prière à l’exemple d’un homme en costume sombre qui pourrait être un oncle ou le grand-père maternel, dont la présence est attestée par des documents administratifs. A droite de l’image l’homme portant une blouse d’artisan, au chevet de la malade, serait l’époux Giovanni-Maria CHERCHI ; la femme en robe noire et tablier blanc, venue assister la maman, une servante dont la gestuelle traduit l’impuissance devant un tel événement…

La composition, aux proportions harmonieuses, divise l’image en deux. A droite la part « affective, et émotionnelle », à gauche l’orientation spirituelle et la dévotion de cette famille. Le contraste des couleurs vert d’eau, ocre rouge et blanc, exprime à la fois la dramaturgie du moment et la ferveur de cette famille chrétienne éprouvée mais résolument tournée vers le Ciel. En haut à gauche de l’image, dans une nuée blanc ivoire une Vierge du Carmel et son Enfant dominent la scène. On retrouve un rappel de cette blancheur laiteuse sur la literie entourant la malade, telle une enveloppe de protection céleste. Deux scapulaires soyeux pendent comme des liens invisibles vers les priants… La signature en bas à droite de l’ex-voto, « CHERCHI SPERANZA » exprime à travers le  prénom toute la religiosité de la Sardaigne (3). On note que la représentation de la Vierge à l’Enfant ne relève pas de l’iconographie traditionnelle de N-D de Laghet sa couronne est ici remplacée par un voile blanc et elle ne tient pas de sceptre. Cette effigie semble correspondre à l’antique Madone du Carmel vénérée à Sassari où sa statue, portée en triomphe au cours de déambulations nocturnes à travers les rues de la ville pour sa fête le 16 juillet, est suivie par des milliers de fidèles. Cette déambulation priante n’est pas sans rappeler la Neuvaine à N-D de Laghet dite des Neuf tours (4). La tradition des ex-voto et des rites processionnaires font partie du paysage religieux de la Sardaigne (5) où l’offrande votive s’accompagne d’une célébration eucharistique selon l’expression populaire locale : « ex voto è missa e promissa ! » (6).

Au fil des années certains membres de la famille CHERCHI francisèrent leur prénom : Jean-Marie, Espérance, Joséphine, et Carmelle devenue Carmen en 1927 sur son acte de mariage. Vu son grand attachement à la Vierge du Carmel cette famille d’origine italienne a pu se sentir « comme à la maison » à Laghet où la présence carmélitaine est attestée sur plus de 120 ans. La crypte du sanctuaire située dans le prolongement du caveau des pères Carmes, sous la sacristie, inaugurée en 1887 et rénovée en 2004, reste une curiosité pour le visiteur d’aujourd’hui. On y trouve des objets hétéroclites, cannes, béquilles, prothèses orthopédiques, casques de moto, volants de voiture, coeurs en métal; mais aussi des layettes, photos d’enfants et rubans de baptême. Ces touchantes offrandes témoignent, que d’innombrables mères, à l’instar de Speranza CHERCHI, sont venues à Laghet implorer et remercier la Vierge-Marie pour sa maternelle protection. 

Le prophète Elie, dont s’inspire la spiritualité du Carmel, appelle au zèle envers Dieu: « Il est vivant le Dieu devant lequel je me tiens ! ». Cette espérance ne trouve-t-elle pas son accomplissement au matin de Pâques où les femmes venues au sépulcre avec les aromates pour l’onction du corps, découvrent stupéfaites la pierre roulée devant le tombeau… Deux hommes en vêtements éblouissants se présentent à elles : « Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici mais il est ressuscité ». (Luc, 24, 1-6). A notre tour, pouvons-nous dire, que Dieu est vivant ? Qu’il nous précède sur le chemin ? Que Jésus le Christ se rend présent à qui Lui ouvre « la porte »? Que déjà, comme Il l’a promis, Il fait route avec nous, à travers nos questionnements ou bien les événements heureux ou malheureux de ce jour ?

« Et moi, Je suis avec vous, tous les jours jusqu’à la fin des temps ».

(Mt 28, 20). 

Commentaire : Patrizia COLLETTA, « Médiation Art et Foi »

Notes : (1)Reliques Ste Thérèse de Lisieux à Laghet, 14-18 février 2018, messes, adoration du St Sacrement, vénération, chapelet récité, louange, veillées, animations musicales et conférences par un père carme. (2) AD Etat-Civil 06, Tables décennales Naissances 1902 et 1908. (3) Natalino Piras, Un libro racconta la storia degli ex voto,« I miracoli. Per grazia ricevuta. Religiosità popolare in Sardegna », Margherita Satta, Sassari Edes, 2000 ; (4) Disponible à la Librairie du Sanctuaire ; (5) La tradition des « Novenari » en Sardaigne nous a été signalée par notre fils Aymeric Colletta ; (6) Bruno Piras, « Sant’Efisio, ex voto suscepto", in « Sardegna visuale ».