Loading color scheme

L'ex-voto de septembre-octobre 2020

 

Le Sanctuaire de Notre-Dame de Laghet, 
au coeur du silence,
accueillir l’humble Présence

 ex voto le sanctuaire

 

L’église de Notre-Dame de Laghet, édifiée à partir de la Toussaint 1654, au pied d’une éminence rocheuse, domine le site de la chapelle primitive du vallon de Laghet situé au confluent de deux torrents dans le bassin versant de St Martin de Peille. Depuis les environs, comme de la place du sanctuaire, le monument se repère par son imposant clocher à plan carré rehaussé de pilastres à chapiteaux disposés aux quatre angles. Comme les clochers de Gênes et de Ligurie il est surmonté par un petit dôme de section octogonale recouvert de tuiles polychromes vernissées. Il porte à son sommet une statue dorée à l’effigie de N-D de Laghet ; les quatre ailes du monastère, édifiées à partir de 1674 autour de l’église, en masquent l’ensemble des façades. L’étroitesse du rocher et de la plate-forme choisis pour édifier l’église et l’hospice des pèlerins, explique le resserrement des bâtiments du monastère des Carmes déchaussés, depuis 1978 Prieuré de Laghet. Les soeurs Bénédictines du Sacré-Coeur de Montmartre assurent à l’année l’animation spirituelle et l’hôtellerie pour les nombreux pèlerins de ce sanctuaire inter-régional.

 

De par sa composition architecturale et la décoration intérieure de sa chapelle, l’édifice présente des similitudes avec la cathédrale Sainte Réparate de Nice et avec l’église Saint Pierre-aux-Liens, la paroissiale de l’Escarène érigées à la même époque. Ces deux derniers bâtiments ayant été projetés par l’ingénieur militaire et architecte niçois Jean-André Guibert, il paraît licite de lui attribuer également les plans de Laghet. La chapelle orientée vers l’est, composée d’une nef unique, rectangulaire, à trois travées alternées prolongée par un choeur plus étroit à chevet plat, est couverte par une voûte en berceau. La grande travée s’ouvre sur deux chapelles latérales (1) surmontées de tribunes masquées par des claustras en bois teintés vert céladon rehaussé d’or… Les motifs décoratifs et les stucs qui ornent les voûtes latérales auraient été exécutés par Giovanni-Pietro Riva vers 1655, en même temps que les retables à colonnes torses qu’ils surmontent (2).

 

L’autel majeur, épuré en 1964 des ex-voto et des coeurs en métal argenté qui alourdissaient les entrecolonnements et le mur du chevet, encadre la niche renfermant la statue de la Vierge à l’Enfant offerte par Don Jacques Fighiera à l’origine de la rénovation de la petite chapelle rurale où eurent lieu les premiers prodiges en 1652. La Mère et l’Enfant sont tous deux couronnés ; la Vierge tient le sceptre et le scapulaire, attributs de la Vierge du Carmel. Sur le livre que tient l’Enfant Jésus figure une inscription en latin tirée de l’Evangile de Mathieu : «Je ne suis pas venu abolir… » (3).   

 

La déambulation se déroule dans le cloître qui entoure la chapelle avec une halte à l’autel Notre-Dame des Grâces, construit suite au tremblement de terre qui ravagea la région de Nice, le Mentonnais et la Ligurie en 1887. Les murs du cloître sont occupés par quelques plaques de marbre mais surtout par une importante collection d’ex-voto peints dont cette aquarelle signée L. Contessa. L’ex-voto, daté de 1910, montre avec réalisme les bâtiments du sanctuaire, dans leur écrin naturel, vus depuis la route qui longe le vallon. La personnalité architecturale du clocher, reconstruit après le séisme ligure de 1887, symbolise parfaitement l’identité de ce haut-lieu spirituel transfrontalier, avec les traditionnels pèlerinages de Nice, La Turbie, Monaco et de la Ligurie.

 

Nous ignorons pour quel motif Contessa réalisa cet ex-voto. Etait-ce une commande ? Une démarche d’offrande personnelle ? Rien ne permet d’affirmer quoi que ce soit à ce sujet. Seule nous est connue la biographie de Louis Contessa (1846-1923), né à Turin, formé par le grand Moja de  Milan à la Scala, à Naples, à Rome … A la fois metteur en scène et « peintre décorateur habile et délicat » (4), Contessa fut actif à l’Opéra de Monte-Carlo et au Théâtre Municipal qui prit le nom d’Opéra de Nice en 1902. Cet artiste cultivé au talent remarquable brossa de prestigieux décors de théâtre et vécut plus de trente ans dans son appartement au 15 de la rue Hotel des Postes à Nice. A la fin de sa vie il eut à coeur de former des élèves dont Mario Salla, Angelo Parravicini, Antoine Vento et Jean Bosio (5).

Louis Contessa prit sa retraite à Nice, ville qui l’avait accueilli avec sa famille des décennies plus tôt. Loin des panoramiques de théâtre, du décor des danses sacrées près du Temple d’Isis dans Aïda (6) où il avait revisité la puissance dominatrice de Pharaon qui a droit de vie et de mort sur son peuple, loin du désespoir d’Ariane à Naxos (7), le peintre se réfugie dans le silence de la nature. Il peint des aquarelles dont le Castello di Tenda et cet ex-voto représentant le sanctuaire de Laghet. Homme de foi, eut-il le désir de venir se recueillir dans la chapelle, se promener le long du cloître contempler les ex-voto comme autant scènes dignes d’un théâtre à l’Italienne ? Le scénario d’un quotidien éclairé par la dévotion séculaire envers la douce Reine de Laghet ! Fut-il interpellé par « Ce rappel d’expériences connues qui nous laisse entrevoir que notre libération - notre naissance à nous mêmes, notre devenir humain, notre émergence hors du monde instinctif et du monde objet - est liée à la rencontre avec une Présence… avec un Christ ineffable, dont la découverte nous guérit de nous-même» (8) ? Oui, le Dieu des Chrétiens appelle chacun par son nom. Au coeur du Mystère le Christ se fait proche… et il est des lieux où le silence invite à l’écoute, à la rencontre, la réconciliation : « Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne » (St Jean 14, 27). 

 

Venez à moi, vous tous qui ployez sous le fardeau,
et moi, je vous procurerai le repos.
Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples,
car je suis doux et humble de coeur,
et vous trouverez le repos pour votre âme ».

Evangile de St Mathieu, 11, 28-29

 

 

Commentaire : Patrizia Colletta, Médiation, Art et Foi

Notes :

  1. Chapelles dédiées à St Joseph et à Ste Thérèse d’Avila, patrons des Carmes déchaussés.
  2. Notre article doit beaucoup à l’étude de Charles Astro, « Le Sanctuaire de Laghet, le monument et ses oeuvres d’art », Nice-Historique, N° 325, 2001. Ch. Astro fut Conservateur du Palais de Lascaris et des Antiquités et Objets d’Art des A-Mmes.
  3. Evangile de St Mathieu 5, 17-19 : « Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir ».
  4. Le Journal de Vichy lors de l’inauguration du Grand Casino de Vichy le 2 juin 1901, dont Contessa réalisa les décors pour l’Aïda de Giuseppe Verdi, conservés jusqu’à nos jours.
  5. Hommage dans les colonnes du journal L’Eclaireur de Nice, 16 avril 1923.
  6. Constitué de chassis panoramiques comme celui de l’acte III : « Bords du Nil près du Temple d’Isis » (h. 4,50m x l. 7,30m), colonne (h. 4,55 x l. 0,50 m), Ces décors sont visibles Galerie Napoléon III, à l’angle de la rue Petit et de la rue du Parc, à Vichy, in operavichy-musee.com
  7. Ariane, opéra en 5 actes de Jules Massenet
  8. Zundel, Maurice, « Emerveillement et pauvreté », retraite à des Oblates Bénédictines de la Rochette.