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Découvrir un nouvel ex-voto



Des ténèbres à la lumière...(1)

ex voto tenebre lumiere 

 

Alors qu’une femme prie sous l’effigie de Notre-Dame de Laghet au sanctuaire la moitié droite de cette huile sur toile, montre en vis-à-vis un l’homme prostré, assis dans une pièce faiblement éclairée par une ouverture à barreaux. La lourde porte et l’ameublement spartiate du lieu laissent penser que nous sommes dans une cellule de prison. Que fait cette personne, d’âge moyen, bien vêtue et chaussée de vernis dans un tel lieu ? Aucune indication ne vient éclairer la situation. En effet sur la dédicace en italien ne figure que le « merci » à la Vierge de Laghet, une date, sans doute celle de la libération du prisonnier, et des initiales :

« GRAZIA RICEVUTA - 2 FEBBRAIO 1936  D.S. »

Sur la partie gauche de l’image apparaît la priante, agenouillée, toute de noir vêtue. Serait-ce la mère ? l’épouse ? Mains jointes, le visage très pâle, son attitude semble orienter toute son espérance vers la Mère des Hommes qui apparaît dans une nuée lumineuse avec l’Enfant Jésus. Le contraste entre les deux moitiés de la composition est saisissant : d’une part l’obscurité, l’angoisse, la privation de liberté, la rumination ; de l’autre la tendresse maternelle, la douceur de vivre, une verte prairie baignée de lumière… Sans doute cette prière d’intercession fut-elle entendue puisque le tableau votif marque la fin de l’épreuve et la sortie à l’air libre du prisonnier. Le peintre, d’origine italienne lui aussi, a signé : « F. CIGLIUTTI ».

L’analyse de l’image résonne à la manière d’une métaphore pour notre condition humaine : le passage des ténèbres à la lumière. L’homme en effet reste souvent un étranger pour lui-même, subissant les affres de son existence, pris dans le tourbillon de l’action, la réalisation d’oeuvres extérieures, les affaires et les séductions technologiques. Tout cela reste louable si l’on songe que la transfiguration du monde repose dans nos mains… Mais être un citoyen-consommateur des biens de ce monde cela suffit-t-il pour la dignité de la vocation humaine ? Alors, qu’une grande épreuve survienne : maladie, épidémie, accident, prison, guerre, exil, et de constater tristement le vide intérieur de l’homme séparé de Dieu (2). Hommes et femmes à la nuque raide, centrés sur notre petit ego, nous avons à prendre conscience de notre condition d’êtres « crées à l’image et en la ressemblance de Dieu ». La ressemblance ne s’acquiert que chemin faisant, avec le concours et l’aide de l’Esprit Saint. La grâce divine nous précède, elle espère et attend le « retournement » de l’homme, éternel pèlerin sur la terre. « Tu nous as faits pour Toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en Toi » écrivait le grand saint Augustin.

Redécouvrons avec ce modeste ex-voto la dimension salvifique de l’épreuve et la symbolique de la croix. D’abord la verticalité de la femme en prière qui exprime la relation à Dieu qui se doit d’être première. Puis la prière d’intercession, horizontalité de notre relation au prochain qui trouve sa source dans « la force d’en haut » : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit … et ton prochain comme toi-même » (Math. 22, 37-38). La croix appelle au don de soi, à la gratuité à la dépendance au « Dieu intérieur » selon l’expression de Maurice Zundel ; la croix diffère en cela de l’humanisme « figure obligée du bien qui s’est imposée partout en Occident » (3). La prière de cette femme vers la médiatrice de la grâce peut évoquer par ailleurs le combat spirituel et nos forces humaines limitées : « Sans moi vous ne pouvez rien faire … » rappelait Jésus dans saint Jean 15.

Dès lors comment retrouver les chemins de la relation personnelle à Dieu en vue de notre propre transfiguration ? Cet ex-voto vient aujourd’hui à notre rencontre pour, en quelque sorte, nous réconforter : il nous indique une voie toute simple, accessible à tous, celle de l’intériorité et de la prière. Comme cette femme qui dans l’épreuve s’est confiée à la Vierge Marie, à l’instar de cet homme enfin « libre », essayons juste un instant, d’entrer en nous-mêmes. Ecoutons l’appel de notre cœur profond, au silence intérieur, à la paix, à la joie et… réjouissons-nous par avance, seuls et tous ensemble, fermement appuyés sur cette parole du Christ : « Je vous ai parlé ainsi, afin qu’en moi vous ayez la paix. Dans le monde vous avez à souffrir, mais courage ! Moi, je suis vainqueur du monde » (St Jean 16, 33).

« Il est vivant le Dieu devant lequel je me tiens ! » (1er Livre des Rois, 18)

Commentaire : Patrizia Colletta, Médiation, Art & Foi

Notes : (1) Lettre aux Ephésiens 5, 8 ; (2) De Lubac, Henri, cardinal, « Le drame de l’humanisme athée », Cerf, 1999 ; (2) Ware, Kallistos, « L’île au-delà du monde », Cerf, 2012 ; (3) Pour prolonger cet article on pourra lire : Fourquet, Laurent, « Le christianisme n’est pas un humanisme », Ed. P.G. De Roux paru en 2018.