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« Quelqu’un parmi vous est-il malade ? »

ex voto malade

L’ex-voto de ce début d’année 2021, marquée par le contexte sanitaire d’une pandémie que nul ne peut ignorer, montre une scène d’onction de malade. Au centre de l’image le rituel catholique qui prévoit que le geste, accompli par un  prêtre, soit accompagné de la formule : « Par cette onction sainte, que le Seigneur, en sa grande bonté, vous réconforte par la grâce de l’Esprit Saint. Ainsi, vous ayant libéré de tous vos péchés, qu’il vous sauve et vous relève »(1). L’Eglise préconise que l’huile soit bénie lors de la messe chrismale qui rassemble l’ensemble des prêtres du diocèse autour de leur évêque durant la Semaine sainte. Le sacrement de l’onction des malades, en lien étroit avec la Passion, la mort et la Résurrection du Seigneur, confère à la maladie une dimension pascale pour le chrétien : patience dans les épreuves, proximité du Christ souffrant, Espérance quant aux fins dernières.

Si le rituel de l’onction vient en aide au souffrant dans son combat pour la vie, on imagine que la jeune malade de l’ex-voto le reçut lors d’un péril avéré. Mais, de manière générale les ex-voto de chambre de malade déposés par des adultes ne sont guère loquaces ; il est souvent difficile de connaître la réalité du mal dont ils souffraient. Si les traces généalogiques retrouvées sont mises en relation avec la composition du tableau on peut tenter de décrypter la scène. L’inscription qui figure au bas de l’ex-voto fut le point de départ des recherches et elle dit ceci :

« EX. V.F.G. CATARINA MAGLIA. LI 8 M.zo 1835 ».

La composition très épurée montre une jeune femme au creux d’une élégante alcôve bordée de rideaux de dentelle. Une femme plus âgée, peut être sa mère, lui apporte une boisson. Assise de l’autre côté du lit, très émue apparemment, une parente s’essuie les yeux avec un mouchoir brodé. Elle porte un tablier et une coiffe en forme de fichu rappelant les costumes du début du XIXe. Au centre de la scène se tient un prêtre revêtu de la soutane et du surplis. Il porte à hauteur de vue un livre de prières alors que, un rameau dans la main droite, il s’apprête à bénir la malade. Le rituel semble respecté à la lettre. Dans la moitié gauche du tableau, en apesanteur, voici la Mère de la Grâce, Notre-Dame de Laghet avec l’Enfant, à qui furent adressées de ferventes prières.  Au mur un tableau religieux surmonte un guéridon sur lequel on a déposé de la vaisselle en porcelaine blanche. Malgré le contexte douloureux, la palette chaude et lumineuse et le calme des protagonistes confèrent à cette scène une grande sérénité…

Des éléments de généalogie familiale ont permis de retrouver la trace de la bénéficiaire de la grâce de ce 8 mars 1835. Il s’agit de Catherine Maglia, 21 ans, née à Nice en 1814, couturière de son état. Le 27 avril de l’année précédente elle a épousé en l’église St Jacques du Vieux-Nice, Donatien Distefani né à Carpignano-Sesia dans le Piémont. Le jeune époux n’apparaît pas sur l’ex-voto, sans doute par pudeur, à moins que son métier ne l’ait appelé au loin (2). Rien sur les motifs de santé qui conduisirent cette jeune femme à solliciter l’onction des malades… On note simplement que le couple eut la joie d’accueillir des enfants longtemps après cet épisode ; des naissances de garçons en 1841, 1842 puis en 1844. De santé fragile la jeune mère de famille mourut le 10 décembre 1853 à peine âgée de 39 ans…

A l’issue de ce commentaire, rappelons que le Sacrement de l’onction des malades trouve sa source scripturaire dans l’Evangile de Marc (6,13), l’Epître de Jacques et la Tradition de l’Eglise :

« Quelqu’un parmi vous est-il malade ? Qu’il appelle les anciens en fonction dans l’Eglise : ils prieront sur lui après lui avoir fait une onction d’huile au nom du Seigneur. Cette prière inspirée par la foi sauvera le malade : le Seigneur le relèvera et ,s’il a commis des péchés, il recevra le pardon ».

Lettre de saint Jacques Apôtre 5, 14 et15 (AELF).

Commentaire : Patrizia Colletta, « Médiation, Art & Foi ».

Notes : (1) Constitution apostolique Sacram unctionem infirmorum révisée et signée après Vatican II par le pape Paul VI le 30 novembre 1972 ; (2) Le père apparaît comme itinérant sur les actes de naissances des enfants tantôt comme ressemeleur, récoltant d’osier ou vannier.