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L' ex-voto de l'été 2022

 

« Il est vivant le Dieu devant lequel je me tiens ! »

Au Sanctuaire de Laghet l’été se décline au rythme de trois temps spirituels : le 16 juillet, pour Notre-Dame du Mont Carmel, Fête patronale du sanctuaire présidée cette année par le nouvel évêque de Nice Monseigneur Jean-Philippe Nault ; le 6 août, pour la Transfiguration de Notre-Seigneur ; le 15 août enfin, en la solennité de l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie (1).

ex voto ete 2022a

Le patrimoine votif de Laghet, un des plus importants d’Europe, illustre cette dévotion séculaire à Notre Dame de Laghet, dotée des attributs d’une Vierge du Carmel. L’histoire du lieu fait mémoire de la statue offerte le 24 juin 1652 par Don Jacques Fighiera, curé d’Eze, désireux d’orner la petite chapelle rurale restaurée par ses soins « à honor del Signor e Vergine Maria ». La messe y fut célébrée à nouveau… suivirent les « 3 premiers prodiges de Laghet ». Après enquête et la reconnaissance officielle le culte local puis universel de Notre-Dame de Laghet fut autorisé (2). La présence des pères Carmes, durant près de deux siècles, donna à l’effigie de la Vierge de Laghet l’iconographie définitive d’une Vierge du Carmel : Mère et Enfant tous deux couronnés, globe crucifère, sceptre et scapulaire. Objet de piété mariale, le « scapulaire », porté en toute discrétion par de nombreux chrétiens, symbolise le lien indéfectible du croyant avec la Mère des Hommes, l’humble servante du Seigneur qui par son FIAT nous ouvrit pour les portes du salut

A quelques jours de la fête patronale du sanctuaire, redécouvrons ce bel ex-voto déposé en 1908 par le couple Cherchi de Nice, originaire de Sassari en Sardaigne.

ex voto chambre de malade

Sur cette huile sur toile, unique en son genre, offerte en remerciement à la Vierge de Laghet on note dans le quart supérieur gauche que l’effigie mariale a les traits de la Vierge du Carmel vénérée à Sassari. La scène montre la mère de famille alitée, un médecin est à ses côtés ainsi qu’une aide familiale. Son époux Giovanni-Maria prie la Mère du Ciel avec ferveur, à ses côtés même gestuelle chez les trois enfants en rang d’oignon selon leur âge. Comme ne le dit pas l’inscription au bas du tableau Speranza venait, pour la seconde fois, de perdre un bébé en couches (3). La chose n’était pas rare à l’époque au moment de la délivrance… En ce 16 juillet 1908, en la solennité de la Vierge du Carmel, Speranza eut la vie sauve et put voir grandir ses trois petits. Speranza… prénom qui reflète bien la religiosité de la Sardaigne, dont la capitale régionale, Sassari, voue un culte particulier à la Madone du Carmel. Encore aujourd’hui, pour le 16 juillet, des rites processionnaires envahissent la ville, réunissant des milliers de fidèles. Depuis l’aube jusqu’à minuit, les hommes de la cité portent en triomphe la statue de la Beata Vergine del Carmelo à travers rues et ruelles, s’arrêtant devant les maisons, quasiment en porte à porte…

A travers cette offrande le couple Cherchi suivit à la lettre l’expression sarde : « ex-voto è missa e promissa » qui signifie que l’offrande votive s’accompagne d’une célébration eucharistique, modalité d’offrande présente aussi à Laghet qui illustre par avance les orientations du « Directoire de la piété populaire et de la Liturgie » du pape Jean-Paul II en 2001 (4) : « une authentique pastorale liturgique… saura s’appuyer sur les richesses de la piété populaire, les purifier et les orienter vers la liturgie comme offrande des peuples ». En clair, l’ex-voto image typique de la catholicité, est appelé à s’inscrire en référence à la liturgie, donc au culte dû à Notre Seigneur Jésus Christ Sauveur des hommes.

Cet été à l’instar du prophète Elie, patron du Carmel, mettons-nous en route avec confiance vers la montagne de l’Horeb. Face aux difficultés du temps, essayons de nous recentrer sur l’essentiel, optons pour un temps de ressourcement : retraite, visite d’un jour, accueil personnalisé au sanctuaire. Dans la prière personnelle et l’intercession recherchons la volonté de Dieu dans notre vie. Ne sommes-nous pas appelés à « vivre le Christ » au coeur du monde, dans la joie et l’ardeur d’Elie, cette grande figure biblique du combat contre les hérésies et l’idolâtrie de son temps :

« Il est vivant le Dieu devant lequel je me tiens ! » (5)

« Je brûle pour le Seigneur Dieu de l’univers »

1Rois, 17,1 et 18,15 et 1 Rois 19, 10-14  

Commentaire : Patrizia Colletta, « Médiation, Art & Foi ».

Notes : Voir la rubrique « Actualités » sur le site Internet du sanctuaire ; (2) Libraire du sanctuaire : « Les ex-voto de Laghet. Un mémorial entre Ciel et terre », P. & G. Colletta, 2021 ; (3) Ex-voto commenté page 109 de l’ouvrage (op. cit.) ; (4) On peut lire in extenso le texte sur www.vatican.va ; (5) En hébreu « se tenir devant Dieu » se réfère à la position des serviteurs… On trouve cette notion dans l’annonce de la venue du Serviteur souffrant (Isaïe 53) et dans les paroles de Marie, l’humble servante du Seigneur (Luc 1,38).