Loading color scheme

L' ex-voto de la rentrée

 

« Seigneur, à qui irions-nous ? »

 

Cet ex-voto montre la stupeur de Niçois regardant trois bugadières emportées par une crue soudaine du Paillon près de la Place Masséna au XIXème siècle. L’image illustre de manière saisissante les désordres climatiques de notre temps et notre difficulté face à ces événements. En ce 2 juin 1855 pourtant l’issue fut heureuse suite à la prière adressée à la Vierge de Laghet par Vittoria Rous, Vittoria Luce et Madalena Martin qui échappèrent de peu à la noyade près du Pont Neuf. Le cartouche indique que, s’étant senties « sauvées par grâce », les trois miraculées ont décidé d’offrir cet ex-voto en guise de témoignage de foi (1). On peut l’admirer dans la salle qui fait office de musée au sanctuaire.

ex voto bugadieres proc

Cette aquarelle réaliste a été choisie pour illustrer le chapitre des crues du catalogue de l’exposition des Archives départementales des Alpes-maritimes de 2015 intitulée, « Les Alpes-Maritimes à l’épreuve des risques naturels » (2). Les spécialistes en hydrométrie expliquent comment, « suite aux précipitations brutales et orageuses localisées en montagne, les eaux provoquent des crues soudaines, brèves et violentes aggravées par l’accumulation de tout ce qui est arraché par l’eau sur son passage ». On se souvient avec émotion de la Tempête Alex à l’automne 2020 dans la Roya et la Vésubie, fortement touchées, la Tinée et l’Estéron. On y évoque encore le souvenir des victimes, les destructions et la douleur laissée dans son sillage. On salue le courage des habitants, la mobilisation des sapeurs-pompiers qui ont perdu deux des leurs, l’initiative de particuliers, d’associations, l’intervention des services publics au plan financier et des infrastructures. Alors qu’on panse encore les plaies la Préfecture des Alpes-Maritimes demande aujourd’hui l’évacuation préventive du hameau du Pra, territoire de la commune de Saint-Dalmas-le-Selvage, dans la Vallée de la Tinée.

Deux années de crise sanitaire, un été caniculaire d’une durée inhabituelle, sécheresse et un niveau d’étiage très bas pour certains cours d’eau, incendies spectaculaires, mini tornades, fonte des glaciers et des pôles, crues meurtrières en Inde et au Pakistan… chacun commence à s’interroger sur ces événements climatiques appelés, selon les spécialistes, à devenir plus fréquents encore… Ici activité de pleine jouissance en excès, ailleurs exode de populations dû à la famine, les moussons dévastatrices et meurtrières… Des réfugiés climatiques singuliers commencent à poindre : cétacé échoué sur une plage, un autre entré par le delta de la Seine jusqu’à Paris, sur la banquise des ours polaires qui ne savent plus où s’asseoir. Sur le littoral la mer érode les falaises obligeant certains propriétaires à quitter leur habitation menacée d’effondrement.

Devant cette situation l’homme se sent démuni. Mais nous arrive-t-il de nous interroger sur le rôle de l’action humaine sur son environnement depuis les débuts de l’ère industrielle ? Sur les besoins de consommation créés artificiellement par l’aura financière qui domine la terre et l’enserre dans un étau dont chacun ressentira un jour ou l’autre l’étreinte ? Abreuvés d’information continue, de dépendances des écrans qui anesthésient le sens spirituel…les voies qui mènent à l’écoute de notre coeur profond ne sont-elles pas obstruées… créant ainsi une autre catastrophe invisible celle-là ? Ce niveau de risque signerait-il le fameux « anthropocène », c’est-à-dire le moment où le résultat de l’action humaine se retournerait contre l’homme ? Dans un tel contexte, que faire ? Qu’est-ce qui vaut et fait vivre en vérité ? Vers quoi, vers qui se tourner ?

Le sujet est grave, les enjeux bien trop lourds. Alors, nous voudrions inviter le lecteur à lire ou relire la parole prophétique du pape Jean-Paul II dans sa toute première encyclique intitulée « Redemptor Hominis » (3). Donné le 4 mars 1979, au début de son pontificat, ce très beau texte, a largement inspiré notre réflexion de ce jour. Dans une synthèse prémonitoire, le pape propose, à l’orée de l’an 2000, de faire le bilan de l’Histoire depuis l’avènement de Jésus et d’éclairer « à la lumière du Mystère de la Rédemption par le Christ la vocation profonde de l’homme ». De la liberté de l’homme racheté et de sa situation dans le monde contemporain au seuil du XXIème siècle. Ce texte puissant évoque la dignité de l’homme auquel Dieu confia la garde de la terre et de tous les êtres vivants, invitant l’homme à combattre l’esprit de domination et de prédation, à découvrir ses limites et chercher la sagesse dans le gouvernement de ses propres instincts.

Souvenons-nous, au début du Livre de la Genèse Dieu dit : « Faisons l’homme à notre son image, selon notre ressemblance… Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez la… ». Dans l’évangile de Jean (4) qui insiste sur les relation de Dieu avec l’être humain, Jésus dit : « C’est l’esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie ». La chair, c’est la convoitise, l’égoïsme de l’homme dans toutes ses dimensions, personnelles et collectives, sociales, religieuses, politiques et étatiques. Jésus rencontre aussi l’incrédulité, l’incompréhension de son entourage et des foules qui le suivaient errantes, fatiguées et sans nourriture. Sur la montagne, près du Lac de Tibériade, après avoir nourri 5000 hommes avec cinq pains et deux poissons, Jésus constate avec tristesse que certains ne croient toujours pas… Le soir venu, dans un sursaut de lucidité, Simon Pierre, patron-pêcheur, homme pragmatique, pose à Jésus cette question-réponse que nous pourrions faire nôtre aujourd’hui : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ! ».

Regardant autour de nous, assaillis par nos interrogations inquiètes, songeons à cette autre scène de l’évangile de Jean, où l’on voit les disciples du Christ ramer avec énergie sur une mer déchaînée… Leurs forces n’y suffisant pas ils sont rejoints en haute mer par Jésus marchant sur les eaux… Sur un seul geste il fait accoster la barque de Pierre sur le rivage…

Que Jésus le Christ nous vienne en aide ! Voilà notre unique Espérance !

« Un grand vent soufflait, et la mer était agitée.

Les disciples avaient ramé sur une distance de vingt-cinq ou trente stades (environ 5 km),
lorsqu’ils virent Jésus qui marchait sur la mer et se rapprochait de la barque.

Alors ils furent saisis de peur.

Mais il leur dit : « C’est moi. N’ayez plus peur ».

Evangile de Jean 6, 16-20

Commentaire : Patrizia Colletta

Notes : (1) Le tableau fait l’objet d’un commentaire pp. 304 et 305 in : Patrizia & Gérard Colletta, « Les ex-voto de Laghet. Un mémorial entre Ciel et terre », 2021, en vente à la Librairie du sanctuaire ; (2)  A lire sur departement06.fr ainsi que celui sur la « Tempête Alex, 1 an déjà » ; (3)  « Redemptor Hominis », Encyclique du Souverain Pontife Jean-Paul II, donnée à Rome le 4 mars 1979, sur http//www.vatican.va ; (4) Jean 6,63.