MORTELLE RANDONNEE AU VALLON OBSCUR DE NICE

ex voto mortelle randonnee au vallon obscur

Il y a près d’un siècle, ce dimanche 15 avril 1923, trois copains habitant le quartier du Port à Nice décident de faire une randonnée au nord de la ville et plus précisément au Vallon Obscur du quartier St Sylvestre. Il y a là Marius Tabiasco et son voisin de l’immeuble du 15 de la rue Cassini, Louis Carlès, tous deux âgés de 16 ans. Avec eux, François Calandri, un jeune apprenti sellier âgé de 15 ans, qui habite plus bas rue de Foresta. Cette balade insouciante faillit se terminer tragiquement comme le rapporte le journal L’Eclaireur du Soir : « A un moment, Marius Tabiasco, voulant prendre un raccourci, s’engagea dans un sentier, tandis que ses deux camarades suivaient la route ; au bout d’un quart d’heure ceux-ci s’inquiétèrent de ne pas revoir leur camarade. Ils s’engagèrent alors à leur tour dans le sentier et appelèrent mais en vain, le jeune Tabiasco. Continuant à avancer ils constatèrent que le chemin s’arrêtait brusquement au bord d’une crevasse, cachée par des broussailles. Leur camarade gisait au fond du ravin. Ils rebroussèrent aussitôt chemin pour aller lui porter secours en passant par la route du bas. Lorsqu’ils arrivèrent sur les lieux deux promeneurs s’empressaient déjà autour de la victime. Tabiasco était sans connaissance et perdait son sang en abondance par une large blessure à la tête. Transporté dans une maison voisine il fut conduit ensuite à l’Hôpital St Roch où le médecin constata de nombreuses contusions sur tout le corps et une fracture à la base du crâne qui justifia une  chirurgie cranienne et l’utilisation du trépan… 

Sa pauvre mère, la veuve Elise Tabiasco, prévenue avec ménagement, accourut aussitôt à l’hôpital. Dans la soirée l’état du jeune Tabiasco s’aggrava. Les chances de survie du jeune Marius étant très faibles, on imagine le désespoir de cette mère, qui chérissait plus que tout ce fils qu’elle élevait seule depuis le décès de son époux Charles neuf ans plus tôt. Menuisier de son état Charles Tabiasco était parti de Nice dès l’appel en aout 1914 avec le 258 ème Régiment d’Infanterie. Deux mois après le début de la Grande Guerre, il trouva la mort, à 38 ans, sur le champ de bataille de Chaunoncourt dans la Meuse. Mort pour la France il laissait 2 orphelins d’un premier mariage et Marius né d’une seconde union. Dans sa détresse la mère éplorée adressa de ferventes prières à Notre Dame de Laghet, pour lui demander de garder en vie son unique enfant.

Cet ex-voto, une jolie aquarelle sur papier un peu défraichie, montre les lieux de la chute du jeune Marius avec beaucoup de réalisme : étroitesse du canyon aux pentes abruptes creusé par l’eau dans une roche appelée poudingue sur laquelle s’accrochent quelques fougères(1). Le vallon, montré en coupe, permet d’apprécier la hauteur vertigineuse de ce précipice de 70 mètres ! Dans la partie céleste de l’ex-voto, entourée d’un halo éclatant de lumière se tient la Vierge de Laghet et, juste en dessous, contrecollée sur l’image, la photo d’un jeune homme en tenue des dimanches et chapeau sombre. C’est notre jeune Marius Tabiasco, un peut pâlichon certes, mais bien vivant ! Au bas de l’ex-voto on peut lire ces mots sortis du coeur d’une mère reconnaissante à qui Dieu venait de rendre son fils : « Sincères Remerciements à Notre Dame de l’Aghet. En mémoire de la grâce reçu le 15 Avril 1923 par le jeune Tabiasco Marius, tombé dans un précipice au Vallon Obscur de Nice d’une hauteur de soixante dix mètres ».

La mésaventure survenue au jeune Marius et son heureuse conclusion n’est pas sans rappeler un épisode bouleversant de l’Evangile de Luc, celui de la résurrection du fils de la veuve de Naïm. Alors qu’une pauvre femme, habitante de Naïm, s’apprêtait à enterrer son fils unique, le Seigneur, croisant le cortège qui transportait le moribond, fut saisi de pitié pour elle et lui dit : « Ne pleure pas » ; puis, se tournant vers le garçon gisant sur une civière : « Jeune homme je te l’ordonne, lève-toi ».  Alors le mort se redressa, s’assit, et se mit à parler. Et Jésus le rendit à sa mère »(Luc 7, 11-17).

 

« Seigneur tu m’as fait remonter de l’abîme et revivre

 quand je descendais à la fosse »

Psaume 29, v. 4

Commentaire : Patrizia Colletta, Art, Foi et Médiation.

Notes : (1) D’après Natura 2000 un réseau qui rassemble des sites naturels d’Europe, présentant une grande valeur patrimoniale, par la nature géologique ou la flore et la faune exceptionnelles.