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Le flash sur l'ex-voto de septembre-octobre 2019

UNE JEUNE MERE DE FAMILLE ATTEINTE DU CHOLERA EN 1835

La deuxième pandémie de choléra apparue en Europe en 1832 atteignit le Comté de Nice, alors sous Administration sarde, au début de l’été 1835. Alors qu’aucun cas de maladie suspecte n’avait été signalé jusque là, le 23 juin il y eut à Nice le « morbo » chez deux individus employés à la Carracca, la drague chargée du nettoyage du port. Une hivernante meurt le 13 juillet après avoir été se baigner au-delà du « môle », puis un garçon coiffeur de Nice-ouest…(1). Cette maladie entérique provoquée par une bactérie, fortement contagieuse, se transmet par voie orale, par contact ou par ingestion d’eau ou d’aliments contaminés. Le début est brutal, la période d’incubation passe souvent inaperçue. La déshydratation aiguë entraine une prostration de tout le corps et des troubles circulatoires au niveau des mains et pieds bleus et glacés. Cette cyanose livide a donné l’expression « une peur bleue » car la mort se produit parfois en quelques heures après l’apparition des premiers signes cliniques. Un malade du choléra sur deux décède après avoir enduré des symptômes à type de crampes extrêmement douloureuses (2). 

Partout en Europe les autorités administratives et médicales multiplient les initiatives destinées à éviter le développement de l’épidémie par l’adoption de mesures de salubrité et la mobilisation des ressources médicales et charitables. Dès 1832, un médecin niçois, le docteur Pierre Richelmi, « pour être utile à l’Humanité et à la Patrie », publie un Essai sur le choléra morbus épidémique et contagieux qu’il qualifie de « peste nouvelle » (2). Ce médecin doté d’une capacité très fine d’observation du malade, comprend que la propagation fulgurante de l’épidémie ne peut s’expliquer que par la diffusion du germe dans l’air où il serait porté par le vent. Quant au traitement de la maladie le docteur Richelmi reconnait que la médecine reste encore impuissante. Il préconise de couper toute communication avec des lieux infectés, de se tenir à une distance convenable du foyer d’infection, deux lieues au moins (4)… afin de préserver les personnes et éviter l’extension aux régions non contaminées » (5).

 

ex voto epidemie de cholera

 

L’ex-voto de ce jour nous plonge dans cette douloureuse histoire d’épidémie de choléra qui traversa notre région en 1835, entrainant la mort de milliers de personnes, de toutes conditions sociales, plongeant dans l’inquiétude la population (6). Comme on le voit sur l’image il semble que les mesures préconisées par le docteur Richelmi n’étaient pas connues dans cette famille cruellement frappée. Dans une chambre éclairée par trois baies, aux murs lambrissés, au sol en carrelage de ciment, git sous un dais en drap blanc une femme au teint pâle, sans doute la mère de famille. Au plus près d’elle se tient un prêtre portant la barrette, bréviaire en mains. Sur la table de nuit on aperçoit un pot avec goupillon sous la croix et la réserve d’eau bénite. Nous sommes probablement devant une scène d’extrême onction, à laquelle s’est joint l’époux de la malade assis de trois quart sur une chaise, dans une attitude inconfortable montrant qu’il évite le contact direct. Au pied du lit, de dos, se tiennent les deux enfants du couple. Le garçon est en train de s’agenouiller sur un prie-Dieu, sa jeune soeur à l’instar de la mère et du prêtre a le regard tourné vers nous. Tout comme le papa elle tient dans sa petite main un mouchoir…dérisoire protection à laquelle s’ajoute le pot à fumigations désinfectantes que l’on aperçoit sur une petite table au fond de la pièce. Dans l’angle supérieur gauche de la chambre, occupant le quart de l’espace, se tient en apesanteur sur une imposante nuée, Notre-Dame de Laghet et son Fils, tous deux couronnés et scapulaire en main. La Vierge porte la robe rouge et le grand manteau bleu. Il s’agit là d’une des trois formes de représentation de la Vierge du Carmel vénérée à Laghet. En ce 15 septembre 1835 la prière et l’intervention divine furent à n’en pas douter l’unique recours de la malade comme en témoigne le cartouche inclus dans l’angle gauche de l’image :

« G.R. DELLA B.V. DEL LAGHETTO DI SERAPHINA GAVASSA. M. MARTIN IL 15 7bre 1835…. PRESA DAL COLLERA =MORBUS ». 

Nous comprenons que la malade du choléra arrivée aux portes de la mort fut « miraculeusement » guérie et se releva en fin de compte de ce terrible fléau qui ravagea plusieurs contrées d’Europe et fit de très nombreuses victimes (7). Nous nous permettrons d’ajouter que l’autre miracle inclus dans cette scène, c’est qu’apparemment aucune des personnes présentes dans la chambre où se tenait une personne contagieuse n’eut à pâtir du choléra. L’on songe aux enfants et à leur propension à courir embrasser leur mère. Cette famille éprouvée adressa de ferventes prières vers la Vierge de Laghet et désira ensuite témoigner des merveilles de Dieu à travers le don de cet ex-voto. Pour l’anecdote notons que la veille de ce 15 septembre 1835, jour de grâce pour les Gavassa, l’Eglise célébrait l’Exaltation de la Croix. Cette croix vivifiante si présente dans cet ex-voto de chambre de malade avec ce grand crucifix appendu à la tête du lit.

Grâces soient rendues à notre belle Vierge de Laghet, patronne de Nice depuis le XVIIe siècle, protectrice des familles et de tous ceux qui se confient à son intercession. Les fidèles l’implorent de nos jours dans son sanctuaire aux milliers de témoignages d’actions de grâces comme celui-ci. Si le chrétien est encouragé à mettre tous les moyens en oeuvre pour se soigner selon les possibilités de son temps, il est également appelé à « prendre sa croix, chaque jour et à suivre le Christ » comme nous le rappelle l’Evangile de Luc (9,23). Aujourd’hui, face à l’épreuve de la maladie, pour nous-mêmes ou nos proches posons avec confiance un acte de Foi et d’Espérance :

« Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique,
afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle.

Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde,
mais que, 
par Lui, le monde soit sauvé ».

Jean 3, 13-17

 

Commentaire : Patrizia COLLETTA, Médiation Art et Foi

Notes : (1) M. Gallo, « Pour une étude de la santé publique sous l’Administration sarde. Enquête sur le choléra à Nice en 1835. (2)  Une épidémie annoncée. L’apparition du choléra en 1832 dans le sud-ouest de la France. S. Barry et P. Even in biusante.parisdescartes.fr) ; (3) Le docteur Pierre Richelmi 1769-1841, excellent clinicien formé à l’Ecole Médico-Chirurgicale de Nice et à Turin. Une rue porte son nom à Nice dans le quartier où il résidait à la fin de sa vie ; (4) Soit environ 10 km ; (5) A. Demougeot, Le choléra à Nice en 1835 in Nice-Historique 1974 ; ; (6) M. Gallo (cf. note 1) ; (7) Parmi les premières victimes du fléau citons Jean-Dominique Blanqui, né à La Trinité-Victor au Vieux Chemin de Laghet en 1757 et mort du choléra à Paris en 1832. Il fut un des premiers députés de la Convention du département à qui il donna le nom « Alpes-Maritimes et un défenseur acharné du rattachement du Comté de Nice à la France.