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Découvrir deux nouveaux ex-voto

 

Moment de grâce à Laghet : un généalogiste

découvre deux ex-voto familiaux du début du XIXe s. !

Vendredi 20 août 2021. Au décours de la parution d’un ouvrage sur les Ex-Voto de Laghet (1), deux membres du cercle de généalogie monégasque rencontrent les auteurs au Sanctuaire. L’échange débute par l’évocation des ex-voto de l’adhérente qui a proposé au président de son club de se joindre à la visite. Alors que celui-ci examine la collection du Musée des Ex-Voto il découvre avec surprise sur l’un d’eux un patronyme familier, présent sur l’arbre généalogique de son épouse. De retour chez lui la consultation approfondie de l’ouvrage le mènera de surprise en surprise… Après enquête et quelques doutes, c’est non pas un mais bien deux ex-voto qui viendront enrichir et « illustrer » la généalogie familiale !

 ex voto familial 1ex voto familial 2

Voici le témoignage inédit que Monsieur René Yves Dubos, Président du Cercle Généalogique et Héraldique de la Principauté de Monaco (2), a bien voulu nous confier. L’occasion de regarder les ex-voto avec un généalogiste expérimenté, lecture agrémentée par les notes de bas de page :

« Dans la petite salle du musée privé, un ex-voto attire mon attention, un beau fixé sous-verre dont le cartouche porte la mention : « EX V.F.G.A. STEFANO ROMAGNAN ETA DI DODICI ANNI SUCESSO IL MESE DI APRILE 1839 » (3). On peut traduire, « Voici la grâce accordée à Stefano Romagnan âgé de 12 ans pour ce qui lui est arrivé en avril 1839 ». Sur l’image le gamin est en train de plonger tête la première dans un puits ; il s’en est sorti grâce à l’intervention providentielle de trois hommes qui accourent vers le puits. La scène se déroule au milieu d’un terrain cultivé et verdoyant, dominant la mer, avec un rocher très boisé qui s’avance vers le large, probablement le Cabou Rous, le Cap Roux à l’ouest d’Eze-sur-Mer. On devine dans le prolongement la silhouette du Cap-Ferrat. Les costumes des personnages évoquent la tenue des paysans locaux : culotte de velours avec chemise bouffante ou gilet, bonnet traditionnel pour certains, chapeau de paille des jardiniers pour le dernier. La Vierge à l’Enfant de Laghet, de type triangulaire, veille depuis l’angle supérieur droit de la composition.

A la vue de cet ex-voto, instinctivement je pense aux souvenirs racontés lors des repas de famille, il y a 40 ans. Je revois la description de la propriété des Romagnan : un grand terrain au Vallon de Grima sur lequel se trouvaient deux puits. La maisonnette et le terrain étaient accessibles par un chemin muletier serpentant à flanc de colline depuis la moyenne corniche. Il se trouve que la famille Romagnan est apparentée à celle de mon épouse par les Lantéri. C’est la déception car, après enquête auprès de proches, point de « Stefano,12 ans »(4) ! Les souvenirs familio-historiques des Romagnan-Lantéri ne remontent qu’aux années 50, donc un siècle après le drame ! Le patronyme Romagnan est assez courant dans le secteur, notamment sur Eze et Villefranche… Mais voilà, le souvenir a été perdu, pas de transmission orale aux descendants ! De plus, les journaux relatant les faits divers n’existaient pas au début du XIXe… la tâche semble ardue. Nous restons perplexes …    

En feuilletant l’ouvrage cité plus haut je tombe sur un autre ex-voto intéressant, un tableau intitulé « EX V.F.G. A. MARCO ROMAGNAN LI 20 8bre 1838 ». L’offrande votive a été déposée par un autre Romagnan, victime d’un accident de travail dans une carrière (5). Or il semble, cette fois-ci, que ce fixé sous-verre qui présente des similitudes de style avec celui de1839, a été déposé par l’arrière-grand-père d’une parente proche de mon épouse. (6). Ici la scène « tragique » se passe sur le terre-plein d’une carrière, probablement une zone de tir de mine. La famille de ce Marco Romagnan était native de Eze, inscrite au 1er Recensement disponible, celui de 1872. Or, après vérification sur notre arbre généalogique, les familles de Marco et de Stefano semblent « cousiner par mariage collatéral »… Tout s’éclaire !

Et il est aisé à présent de reconnaître sur l’ex-voto de 1839 le jeune Stefano 12 ans, dont le prénom francisé apparaît sur la généalogie comme « Etienne », né en 1828. Il perdit sans doute l’équilibre en puisant l’eau du puits de leur campagne sur les hauteurs d’Eze, en vue d’arroser les plantations ou de se rafraichir… Comme on le voit sur l’image les cris du jeune garçon alertèrent son frère, Auguste Jean-Baptiste 17 ans affairé lui aussi aux travaux agricoles, rejoint par le papa François Romagnan alors âgé de 53 ans et un autre homme plus âgé non identifié…

Quant au second ex-voto montrant l’accident de travail dans une carrière (7) on peut situer Marco Romagnan, âgé de 15 ans, avec à ses côtés Barthélémy-Hospice Romagnan, 57 ans. Tous deux ont le corps semi-enseveli sous le monticule de pierres. La présence de la femme en cet instant reste énigmatique. Mais le fait qu’elle étende ses bras vers le garçon accidenté, évoque bien l’instinct maternel. Si tel était le cas on pourrait reconnaître ici Marie-Françoise Romagnan, 48 ans au jour du drame. Le quatrième personnage, assez jeune et svelte qui vient lui aussi à la rescousse pourrait être l’oncle de Marco, Pierre-Antoine Romagnan, le demi-frère de son père, sans que l’on puisse toutefois l’affirmer ».

Monsieur René Yves Dubos de conclure avec émotion : « Je n’aurai jamais imaginé un jour me passionner avec autant d’ardeur pour un ex-voto ! ». Pour l’anecdote, ce généalogiste, né au début des années 50 à des milliers de kilomètres, vint au monde le 19 octobre 1952 le jour même où le Sanctuaire de Notre-Dame de Laghet célébrait un Triduum pour le 300e anniversaire des « premiers prodiges ». La mémoire locale et la presse ancienne font état de 3 jours de fête et de milliers de pèlerins qui affluèrent à Laghet. Le point d’orgue fut la célébration eucharistique, présidée par le Nonce Apostolique Angelo Roncalli, futur pape Jean XXIII, entouré de cardinaux, d’évêques, de prêtres et de religieux venus depuis la Provence, la Ligurie voisine, la Principauté de Monaco et de la ville de Nice qui avait choisi la Vierge de Laghet comme sainte patronne depuis l’an 1654 !

Ce moment de grâce à Laghet montre que les ex-voto d’ici ou d’ailleurs, évoquent une mémoire « vivante » et nous appellent à vivre « le temps des témoins ». Témoignage de la foi des ancêtres, expression de la tradition et de la piété populaire, « archives inédites » pour le généalogiste amateur ou professionnel, mais avant tout, ex-voto témoins de la joie de l’Evangile : « Les aveugles voient, les boiteux marchent … »(Mathieu 11,5). 

« Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments

 que le Père a fixés de sa propre autorité.

Mais vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ;

vous serez alors mes témoins… jusqu’aux extrémités de la terre ».

Actes des Apôtres 1, 7-8

Commentaire : Patrizia Colletta « Médiation, Art & Foi »

Notes : (1) Patrizia & Gérard Colletta, « Les Ex-Voto de Laghet. Un mémorial entre Ciel et terre », aout 2021, Serre Editeur ;

(2) C.G.H.P.M., www.genealogiemonaco.org ;

(3) Op. cit. pp. 53 et 125 ;

(4) Les recherches montrent que le prénom de naissance de « Stefano » fut francisé et figure sur sa généalogie comme « Etienne »(1828-1902), fils de François Romagnan et de Françoise née Fulconis ;

(5) Le second ex-voto retrouvé grâce à l’Index des noms de personnes de l’ouvrage, est mentionné au Catalogue, p. 444, M02-21 ;

(6) Fixé sous-verre de 1838, classé comme celui de 1839, « Monument historique » depuis le 20/11/1979 ;

(7) La Mairie d’Eze interrogée par M. Dubos à ce sujet, a indiqué qu’il s’agirait de la carrière au lieu dit « Colle de Prima ». Information confirmée dans « EZE » de Charles-Alexandre Fighiera (1908-1996), Conservateur en Chef du patrimoine. Cet éminent historien et érudit précise qu’en 1838 la carrière de « Colle de Prima » ou Gourgas, venait d’être adjugée à un certain Dominique Sforzina, Entrepreneur et tailleur de pierres de métier. Le besoin en matière première était vital pour lui car il avait alors en charge la construction de l’Eglise du Voeu qui dura de 1836 à 1852. Celle-ci fut érigée pour remercier la Vierge d’avoir préservé la ville de Nice d’une terrible épidémie de choléra. Sforzina fut victime d’un grave accident sur le chantier du Voeu pour lequel il déposa à son tour un ex-voto à Laghet en 1842 (pp. 174-175 de l’ouvrage)