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Découvrir l'ex-voto de l'été

« L'ex-voto du marin blessé, prisonnier des glaces, en ANTARCTIQUE… »

 

A quelques jours de l’Assomption, découvrons cet ex-voto déposé en mai 2021« en remerciement pour sa survie » par Max Bourgeois, un marin qui « a commandé des bateaux sur toutes les mers et vécu maintes tempêtes et trois cyclones ». Sérieusement blessé sur un voilier, le Sir Ernst, au milieu des glaces en Antarctique, loin de tout secours terrestre, il s’est confié dans la prière, à la Vierge-Marie et se considère aujourd’hui comme un « miraculé »…

 

Sur l’ex-voto, une gravure au laser sur bois, quatre manchots empereurs nous accueillent sur la banquise, juste au-dessus de la dédicace « PENINSULE ANTARCTIQUE/DEC.2018 », au second plan, coincé au milieu d’une crique entre deux énormes icebergs, le voilier Sir Ernst. En haut à gauche dans le « ciel » le navire polaire Almirante Maximiano qui prit à son bord Max Bourgeois blessé, en bas à droite une boussole marine avec la Rose des vents et, dans l’angle supérieur droit du tableau, la boussole qui accompagna le courageux marin durant ce temps de survie dans l’Antarctique : Notre-Dame de Laghet et son Enfant…

ex voto antartique

Avant d’écouter son récit signalons qu’un autre ex-voto polaire fut déposé au début des années 60, signé Gaston de Gerlache (1919-2006). Nom d’une famille d’explorateurs belges qui « planta la première croix sur la terre de l’Antarctique. A l’issue de la seconde expédition 1957-58 » de l’Année géophysique internationale fut conclu le 1er traité de l’Antarctique (1). Le navire de Gerlache, La Belgica, fut pris dans les glaces polaires durant plusieurs mois.

Voici à présent les faits relatés par Max Bourgeois lui-même (2). Un témoignage édifiant ! :

« Fin novembre 2018, Puerto Williams au Chili, l’équipage est venu récupérer et préparer le voilier Sir Ernst afin de partir sur la péninsule Antarctique. Au passage du Cap Horn j’avais ressenti un pressentiment, une appréhension…. et si le pire devait arriver j’étais prêt à l’accepter. Quelques jours plus tard c’est mon avant-bras droit qui se cassait à bord du voilier…

Le passage de la mer de Drake a été superbe, 2 jours avec 25 noeuds de vent portant et 2 jours à 35 puis 45 noeuds. Le dernier jour il fallait barrer. Le pilote automatique ne tenait plus. Eau de mer à 2°. Nous avions atteint le courant circumpolaire. Température de l’air 0°-1°. J’ai été le premier à apercevoir un iceberg, immense, tabulaire. Et puis un deuxième probablement échoué devant une île des Shetlands du Sud. Fin d’après-midi nous arrivions à Half Moon Bay. Une grande crique qui résume tout l’Antarctique. Une plage de cailloux noirs avec des manchots, un glacier et une montagne enneigée qui ressemble au Mont Blanc. Splendide !… 6H du matin. Je surveille depuis ma couchette un rocher sur la plage et un coin du glacier… qui s’éloignent. Je saute dans mon ciré, l’alarme du GPS se déclenche. Le mouillage ne tient plus à cause du kelp, de grosses algues gluantes qui rendent le fond glissant… Le vent est à plus de 40 noeuds (3), il faut abattre pour prendre de la vitesse et remonter dans le vent…Je suis à la barre et m’approche de la plage dans quelques mères d’eau pour mouiller l’ancre. Le guindau ne fonctionne pas… Dévider le mouillage en marche arrière… trop lent, l’ancre ne s’accroche pas. Recommencé 3 fois la manoeuvre…Si j’avais été en charge j’aurais échoué le bateau sur la plage. La marée est descendante avec un marnage d’environ 2 mètres. Ce qui aurait pu permettre de mettre des filins et le mouillage sur la terre et de se remettre à flots lors de la prochaine marée montante…Il fut décidé de partir au large pour un prochain abri ( à 35 miles) et de prendre le coup de vent en mer. Celui-ci devait se calmer en fin d’après-midi. Il va durer 3 jours ! Il faudra 30 heures de louvoyage ! Le vent monte à 50 noeuds… Après avoir barré les premières heures, je redescend dans le carré. Alors que j’enlève mes vêtements dégoulinants d’embruns un grand couteau de cuisine qui a servi pour couper le kelp tombe depuis le poste de pilotage et vient se ficher sur le plancher. Exactement entre mes deux bottes, après être passé dans mon dos. Cela quelques heures avant l’accident. Dans l’après-midi, nous naviguons contre le vent qui souffle en tempête à 50 noeuds. Le bateau a une forte gite. Un équipier qui se tient au vent, déséquilibré par un rappel de vague, avec une masse de 95 kilos depuis 2 à 3 mètres, me tombe dessus et casse mon avant bras droit sur un winch de métal … »

Après qu’un cardiologue équipier à bord ait réalisé une attelle de fortune avec une bouteille en plastique d’eau minérale, je dois rester 20 h coincé dans ma couchette par une température de 6° et le choc de chaque vague dans le bras… Commence une longue attente… Le voilier rejoint Deception Island, une passe étroite entre deux hautes falaises de roche noire dans un cratère de 8 km de diamètre dans un volcan actif. Premier signe de la providence, un navire polaire, l’Almirante Maximiano se trouve lui aussi à l’abri dans la crique. Son commandant accepte de me prendre à bord… Mis aussitôt sous perfusion à l’infirmerie. La radiographie montre deux os du bras fracturés et l’urgence d’une intervention chirurgicale. Après 10 heures à bord, la seule solution aller vers George Island, et la base aérienne chilienne qui aidera à mon évacuation par avion vers le Chili. Le Commandant maritime de la base m’accueille et va jusqu’à mettre son bungalow à ma disposition. Des médecins chinois et russes confirment la nécessité d’un geste chirurgical. Quatre journées s’écoulent sur la base à attendre une « fenêtre météo » afin qu’un avion puisse atterrir. Tous les jours petite promenade, soutenu par le Capitaine médecin, durant laquelle nous croisons des manchots empereurs. Au sommet d’une petite colline se trouve la seule curiosité culturelle de l’île, l’église orthodoxe Trinity Church, avec ses coupoles.

A l’issue du quatrième jour, le Commandant donne l’ordre à l’avion sanitaire de venir me chercher. Vers 9 heures du soir un Beechkraft 100 atterrit et décolle aussitôt avec à son bord « le fameux blessé de l’Antarctique ». L’avion survole une mer remplie de glaces… Ces pilotes ce sont des champions ! Après 5 heures de vol dans la tempête, à 2h du matin, nous atterrissons à Punta Arenas, capitale de la Patagonie. L’après-midi même, 6 jours depuis l’accident, un orthopédiste, le Docteur Seco, m’a opéré et remis, à l’aide de plaques de métal, mes os en place. Ouf… ».

Jeudi 5 décembre 2019. Dans un courrier adressé aux Soeurs de Laghet qui ont recueilli son témoignage, Max Bourgeois, estime n’avoir pas fait d’erreur, il était à son poste avec des conditions climatiques extrêmes. Il explique l’origine de la paix qui ne l’a jamais quitté durant cette épreuve : « Mon recours a été de me mettre à prier des rosaires à l’intention de la Vierge Marie et enfin le ciel s’est éclairci et un petit avion a pu venir me chercher. Ensuite le temps a été bouché pour une nouvelle période de 10 jours… Aujourd’hui date anniversaire de mon évacuation, je me sens guéri et sans séquelles, prêt à repartir pour d’autres aventures. Par cette expérience vécue je veux témoigner que la rationalité de notre époque perd beaucoup de ne pas vouloir croire à des phénomènes que seule la foi peut comprendre ».

Durant son séjour forcé sur l’Ile St George dans les Shetlands, Max Bourgeois découvre la petite église orthodoxe Trinity Church. Dans l’édifice en bois de cèdre, on découvre, enveloppée par le majestueux silence polaire, l’iconostase traditionnelle ; au centre de celle-ci une icône de la Trinité de Roublev et, de part et d’autre des Portes royales, les effigies du Christ et de la Vierge Marie, Mère de toute grâce que l’on invoque avec ferveur depuis des siècles ici même au Sanctuaire de Laghet… à la Trinité où le « blessé de l’Antarctique » avait déjà déposé un ex-voto suite à un chavirage par mauvais temps il y a 20 ans ! (4)

 

Réjouis-toi Vierge Marie

dans la gloire du ciel

« Heureuse es-tu, Mère de Dieu :

en toi le Tout-Puissant a fait des merveilles.

Heureuse es-tu, Mère de l’Eglise :

tu brilles comme un signe d’Espérance.

Heureuse es-tu, Mère des Hommes :

tu leur annonces le Royaume à venir » (5).

Commentaire : Patrizia Colletta, « Médiation, Art & Foi ».

Notes : (1) Le Traité de l’Antarctique qui de nos jours compte 54 pays membres, statue sur la protection de l’environnement, autorise activités pacifiques et recherches scientifiques, le statu quo sur les revendications territoriales en Antarctique. Sa 43è Réunion consultative s’est tenue à Paris du 14 au 24 juin 2021 (atcm43paris.fr) ; (2) Nous avons laissé les citations originales tout en écourtant le long témoignage tapé, avec le doigt gauche, durant sa convalescence par Max Bourgeois ; (3) Sur l’Echelle de Beaufort 40 noeuds=force 8 = 75 km/h ; 50=force 10= 100km/h ;  (4) La famille d’un enfant sauvé de la noyade par le grand-père de M. Bourgeois déposa ici un ex-voto en action de grâces. (5) Répons traditionnel de la Vigile de la solennité de l’Assomption de la Vierge Marie.